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Les falaises de basalte de Grand Manan au crépuscule

Grand Manan, anse Dark Harbour, côte ouest

Le Trésor de Grand Manan

Le capitaine Kidd y aurait enterré une partie de son or. Trois expéditions au XIXe siècle ont cherché — trois ont échoué de façon identique, rapportant la même lanterne fantôme sur la plage, le même coffre qui se dissolut en écume quand on le toucha. Un aîné mi'kmaq l'expliqua de façon simple à un pasteur baptiste en 1872 : l'or pris avec du sang appartient à la mer.

William Kidd naquit en Écosse vers 1645 et mourut en 1701 au bout d'une corde à l'exécution de Wapping, à Londres. Son corps fut exposé dans une cage de fer au bord de la Tamise pendant deux ans, pour décourager les vocations. Son trésor — un butin considérable, fruit de plusieurs années de piraterie dans l'océan Indien et l'Atlantique — ne fut jamais entièrement retrouvé.

C'est dans cet espace que commence la légende.

Kidd fit plusieurs voyages dans les eaux de l'Atlantique nord, et il est établi qu'il connaissait la côte est du Canada. Qu'il ait enterré de l'or sur une île du Nouveau-Brunswick — et pas n'importe quelle île, Grand Manan, cette masse de basalte qui se dresse comme une forteresse à l'embouchure de la baie de Fundy — est une affirmation qui n'est soutenue par aucun document. Aucune carte. Aucune confession. Aucun témoignage contemporain.

Et pourtant.

La première expédition documentée date de 1831. Trois hommes de North Head — dont les noms ont été conservés dans le registre de la paroisse locale : Ezra Wilcox, Thomas Brewster, et un troisième qu'on désigne seulement comme le Français de l'anse — passèrent deux semaines à explorer la côte ouest de l'île autour de Dark Harbour, armés de pelles, de pioches, et d'une carte dont l'origine n'est pas précisée dans le registre.

Ce qu'ils rapportèrent : une lanterne sur la plage, chaque nuit. Pas une lumière vague ou diffuse — une lanterne, avec un mouvement délibéré, qui semblait indiquer une direction et les conduisait à travers les galets. Ils la suivirent plusieurs nuits. Elle les ramenait toujours à leur point de départ au lever du jour. Ils repartirent sans trouver quoi que ce soit.

La deuxième expédition, en 1867, fut plus organisée.

Un homme de Saint-Jean nommé Harrison Quigley affrêta un bateau et amena cinq hommes sur l'île. Ils avaient des instruments de sondage, de l'expérience dans ce type d'opération — Quigley avait déjà participé à des fouilles similaires à Oak Island, en Nouvelle-Écosse. Ils travaillèrent méthodiquement pendant trois semaines le long de la côte de Dark Harbour.

La septième nuit, selon le journal de Quigley — qui est conservé aux archives de la bibliothèque provinciale du Nouveau-Brunswick à Fredericton — ils trouvèrent quelque chose.

Quigley écrit : À environ quatre pieds de profondeur, sous une couche de galets noirs d'une régularité suspecte, nos pelles heurtèrent du bois. Nous dégageâmes les bords d'un coffre, de dimensions moyennes, cerclé de métal rouillé. Fleming y porta la main en premier. Le bois se défit sous ses doigts. Pas comme du bois pourri — plus vite que ça. En quelques secondes, il n'y avait plus rien sous nos mains que du sable humide et de l'écume. Nous restâmes à genoux dans le trou pendant plusieurs minutes sans parler.

Ils repartirent le lendemain matin.

Quigley nota, en appendice à son journal : Je ne prétends pas comprendre ce que nous avons vu. Je prétends seulement que nous l'avons vu, tous les six, dans des conditions de visibilité raisonnables, et que ce que nos mains ont touché n'était pas ce que nos yeux avaient vu.

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La troisième expédition, en 1889, est la moins bien documentée.

Un groupe d'hommes de St. Andrews — dont on ne connaît que deux noms, Archibald Dunmore et son gendre Patrick Riordan — passèrent une semaine sur l'île sans trouver quoi que ce soit, sauf la lanterne, à nouveau, qui les conduisit la première nuit si loin dans les terres qu'ils se perdirent et ne retrouvèrent leur camp qu'au matin. Riordan brisa la cheville dans l'obscurité. Ils rentrèrent.

C'est Riordan qui, quelques années plus tard, raconta l'histoire à un pasteur baptiste nommé Elias Morrow, qui la consigna dans ses mémoires publiés à Saint-Jean en 1912.

Et c'est Morrow qui rapporte la seule explication que quelqu'un ait jamais donnée à tout ça d'une façon qui satisfaisait ceux qui l'entendaient.

Il avait, quelques années avant de rencontrer Riordan, conversé longuement avec un aîné mi'kmaq dont il ne révèle pas le nom, dans les environs de St. Andrews. Il lui avait demandé, dans le contexte de son intérêt général pour les traditions locales, si les Mi'kmaq connaissaient des histoires sur l'île de Grand Manan.

L'aîné avait répondu : oui. Plusieurs.

Morrow lui avait demandé, plus précisément, s'il connaissait quelque chose à propos du trésor de Kidd.

L'aîné avait réfléchi un moment et dit, en substance — Morrow retranscrit le dialogue de mémoire, des années plus tard : L'or qui a été pris avec du sang appartient à la mer. Il peut être là. Il peut être enterré là depuis deux cents ans. Mais il ne peut pas être pris. La mer ne laisse pas reprendre ce qui lui appartient.

Morrow lui avait demandé si cela valait pour n'importe quel or pris avec du sang.

L'aîné avait répondu : Surtout celui qui vient de loin et qui a traversé beaucoup d'eau pour arriver.

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Il y a encore des gens sur l'île qui ne creusent pas dans certains endroits.

La plupart d'entre eux ne pourraient pas vous expliquer précisément pourquoi, si vous leur posiez la question. Ils diraient : le terrain est mauvais par là. Ou : le roc est juste sous la surface. Ou ils ne diraient rien du tout et regarderaient ailleurs.

Mais si vous y allez un soir de brume, quand la marée est basse et que les galets noirs de Dark Harbour se découvrent dans l'obscurité, et que vous regardez assez longtemps vers la mer — certains disent qu'on voit quelque chose, à hauteur de plage, qui ne devrait pas être là.

Une lumière. Pas grande. Qui attend.

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