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L'île Partridge, port de Saint John — illustration

Île Partridge, port de Saint John

L'Île Partridge

Entre 1847 et 1848, plus de 2 200 immigrants irlandais moururent sur l'île Partridge, dans le port de Saint John — mis en quarantaine à leur arrivée d'Irlande, mourant du typhus avant de pouvoir atteindre la terre ferme. L'île est encore là. Le lazaret est encore là. Et par temps de brouillard, les gardiens du phare disent que quelque chose l'est aussi.

Il y a une façon d'écrire l'histoire de l'île Partridge qui est purement factuelle, et elle est déjà presque insupportable.

2 200 morts en six mois. Des gens qui avaient survécu à la famine en Irlande, survécu à la traversée de l'Atlantique sur des navires bondés et insalubres, survécu au typhus pendant cinq semaines en mer — et qui moururent à quelques centaines de mètres du continent américain, sur un îlot de rochers dans le brouillard de la baie de Fundy, sans jamais atteindre la terre qu'ils étaient venus chercher.

L'histoire de l'île Partridge ne demande pas à être embellie. Elle demande à être dite.

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La Grande Famine irlandaise de 1845-1852 tua environ un million de personnes et en força deux millions autres à l'émigration. Le Nouveau-Brunswick et Saint John étaient l'une des destinations — pas la plus fréquente, mais significative. Le port de Saint John recevait les bateaux qui venaient des ports du sud de l'Irlande, principalement Cork et Liverpool.

La quarantaine sur l'île Partridge existait depuis 1785. C'était une précaution standard dans les ports britanniques pour éviter que les maladies des bateaux se répandent sur le continent. En temps ordinaires, l'île recevait quelques dizaines ou quelques centaines de personnes par an pour des séjours courts.

1847 n'était pas un temps ordinaire.

Les premiers bateaux de la famine arrivèrent à Saint John en mai. Ils portaient des maladies comme le typhus et le choléra, et des gens trop affaiblis pour survivre à la quarantaine. Le Dr George Harding, médecin en chef de l'île, écrivit à ses supérieurs dès juin qu'il était dépassé. Que les baraquements étaient pleins. Que les morts étaient enterrés sans que les vivants aient le temps d'apprendre leurs noms.

Ses lettres sont aux Archives provinciales. Elles sont précises et brèves — l'écriture d'un homme qui n'avait pas le temps d'être éloquent.

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Les morts de l'île Partridge sont enterrés sur la pente nord, dans des fosses qui furent creusées et remplies rapidement pendant l'été et l'automne 1847. Les registres sont incomplets — les noms manquants sont estimés à environ la moitié du total. On sait combien il y en avait. On ne sait pas toujours qui ils étaient.

La croix celtique érigée en 1927 porte une inscription en irlandais et en anglais : In memory of the victims of the Irish Famine, 1847. Elle se voit depuis le port par temps clair.

Les gardiens du phare qui ont passé des saisons sur l'île — plusieurs d'entre eux ont témoigné, séparément, sans se connaître nécessairement — décrivent une particularité des nuits de brouillard. Pas toutes les nuits. Pas régulièrement. Mais certaines nuits, quand le brouillard est épais et que la visibilité est nulle depuis le phare, il y a quelque chose qui vient de la pente nord.

Pas un bruit précis. Une présence sonore — quelque chose entre des voix et un bruit de fond, comme une foule lointaine dans un espace fermé, ou comme du vent dans une structure qui amplifierait certaines fréquences. Pas assez fort pour être des visiteurs sur l'île, pas assez lointain pour être des bateaux en mer.

Ça dure jusqu'à l'aube.

Ça s'arrête quand le brouillard commence à se lever.

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Il est possible que tout cela ait une explication acoustique. Le brouillard transporte et amplifie les sons de façon imprévisible. Le port de Saint John est actif. Il y a des maisons sur le continent, des activités portuaires, des bruits de la ville qui pourraient, dans certaines conditions atmosphériques, être redirigés vers l'île d'une façon qui ressemble à ce que les gardiens décrivent.

C'est possible.

Mais les gardiens qui en parlent ne sont pas des gens qui cherchent une histoire à raconter. Ce sont des gens qui ont passé des mois sur une île, seuls, et qui rapportent quelque chose qu'ils ont entendu et qu'ils ne savent pas nommer autrement.

2 200 personnes moururent sur cette île en espérant atteindre un continent à quelques centaines de mètres. Elles n'y arrivèrent pas.

Si quelque chose de ce désir est encore là, dans les pierres et la tourbe de la pente nord, on ne peut pas dire que c'est surprenant.

On peut juste dire que c'est là.

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Tradition historique / Historical record — île Partridge, Nouveau-Brunswick

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