
Vallée de la Kennebecasis, à l'extérieur de Sussex
La Pierre qui Saigne
La Pierre qui Saigne — narration
Au premier dégel du printemps, la pierre pleure rouge. Cela se produit chaque année, dans un champ à l'extérieur de Sussex, depuis au moins 1795 — l'année où un fermier loyaliste trouva le corps d'une jeune femme à côté d'elle. On ne sut jamais qui elle était. Personne ne vint la chercher. On l'enterra sous la pierre.
Le dégel arrive toujours la nuit.
C'est une chose que les habitants de cette partie de la vallée ont appris depuis longtemps — pas un fait meteorologique, mais une impression. Que le moment exact où la glace commence à lâcher, la première nuit assez douce pour que l'eau reprenne sa forme liquide, c'est une chose qui se produit dans l'obscurité, sans témoin. La terre se retourne en silence. Et le matin, quand on sort, quelque chose a changé.
Dans le champ à l'est du chemin de concession — le champ qui appartint aux Steeves à partir de 1802, qui fut ensuite vendu aux Corey, puis aux Blagdon, et qui est maintenant une terre que personne ne cultive vraiment, qui est revenue aux herbes hautes et aux aulnes — il y a une pierre.
Une grande pierre plate, à peu près à hauteur de genou. Elle est là depuis avant quiconque peut se souvenir. Les premiers Acadiens qui travaillèrent cette terre avant les Loyalistes la connaissaient déjà — ils l'appelaient la pierre de bord de chemin et la contournaient quand ils labouraient, sans que personne n'ait eu besoin d'expliquer pourquoi.
Au premier dégel de printemps — pas le deuxième, pas le troisième, le premier, celui où la neige autour de la pierre se défait pour la première fois — la pierre suinte.
Une substance rouge. Pas vive, pas brillante. Sombre. Qui descend en fines traînées dans les crevasses du granit et qui reste là quelques jours avant de disparaître.
Les gens du coin ont des explications. Le fer dans la roche. Les minéraux. La géologie de la vallée de la Kennebecasis, qui est particulière pour ce genre de chose. Plusieurs d'entre eux y croient sincèrement.
Mais ils ne laissent pas leurs enfants jouer près de la pierre au printemps.
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Tradition orale / Oral tradition
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