
Confluent du Nashwaak et du Saint-Jean, Frédéricton
La Sorcière du Nashwaak
La Sorcière du Nashwaak — narration
On ne connaît pas son vrai nom. On l'appelait la vieille du Nashwaak, ou Marie, ou Marguerite, selon qui racontait. Ce qu'on sait : elle était là avant le fort. Elle était encore là quand le fort brûla. Et le lendemain matin, elle n'était plus nulle part.
Elle pouvait calmer les rivières.
C'est ce qu'on dit en premier, quand on parle de la vieille du Nashwaak. Que lors des crues du printemps, quand les glaces descendaient du haut de la rivière et menaçaient d'emporter les canots, elle s'avançait jusqu'aux genoux dans l'eau froide et prononçait quelque chose — pas à voix haute, pas vraiment une prière — et les glaces ralentissaient. Changeaient de direction. Passaient.
Elle parlait aussi aux animaux. Les bêtes malades qu'on lui amenait repartaient guéries ou ne repartaient pas du tout, mais jamais dans un état intermédiaire. Elle prédisait les mauvaises récoltes. Elle savait quelles maisons brûleraient avant que le feu commence. Les colons acadiens de Sainte-Anne-des-Pays-Bas lui apportaient des œufs, du lard salé, du tabac. Ils ne lui demandaient pas d'explication. Ils lui demandaient ce dont ils avaient besoin.
Les prêtres n'aimaient pas ça. Mais les prêtres avaient d'autres problèmes — la guerre, les Anglais, la fragilité de tout ce qu'ils avaient bâti de ce côté-ci de l'Atlantique.
En 1696, les Anglais brûlèrent Fort Nashwaak.
Ce soir-là, elle se tenait au bord de l'eau et regardait les flammes. Plusieurs témoins le rapportèrent par la suite. Elle ne bougeait pas. Elle ne fuyait pas. Elle regardait brûler le fort comme quelqu'un qui attendait que quelque chose soit terminé.
Au matin, elle n'était plus là.
Ce qui vint après : des lumières dans les marais, la nuit. Des bêtes qui refusaient de traverser la rivière au coucher du soleil. Une impression, persistante, que le coude de la rivière là où les deux eaux se rencontrent — le Nashwaak et le Saint-Jean — n'est pas tout à fait le même que les autres endroits. Que quelque chose y stationne.
On ne sait pas si elle avait maudit la terre ou simplement refusé de la quitter.
---
Partager
Tradition orale / Oral tradition
Légendes proches

Environs de Bathurst, côte nord
La Vieille Babineau
Dans le rang de Bathurst, les vaches cessaient de donner du lait le soir où elle passait devant la ferme. On ne l'avait jamais vue courir — et pourtant elle n'était jamais là quand on allait frapper à sa porte. Les lumières près de sa maison en ruine brillent encore. Personne n'habite là depuis 1943.

Village Historique Acadien, Bertrand
Le Forgeron Sorcier
Dans tout village acadien, on savait à qui s'adresser quand le médecin ne pouvait rien et que le curé avait déjà tout essayé. L'homme à la forge travaillait le métal et le mal. Il ne refusait jamais. Il envoyait toujours une facture.

Vieux centre-ville de Frédéricton (secteur Carleton et Queen)
Le Diable au Bal
Il était mieux habillé que tout le monde. Il dansait mieux que tout le monde. Et quand une jeune femme remarqua que ses pieds ne touchaient jamais tout à fait le plancher, elle fit le signe de croix — et il n'était plus là.

Caraquet, Péninsule acadienne
La Sorcière de Caraquet
En 1794, trois vaches moururent sans raison sur la ferme Robichaud en une seule semaine. Le curé dit que c'était une punition divine. Le village dit que c'était Marguerite Dugas. Marguerite Dugas dit qu'elle avait mis une vie entière à apprendre ce que personne d'autre ne savait, et que c'était précisément le problème.