FantastiqueNBFantastiqueNB
La confluence du Nashwaak et du Saint-Jean au crépuscule

Confluent du Nashwaak et du Saint-Jean, Frédéricton

La Sorcière du Nashwaak

La Sorcière du Nashwaak — narration

0:00 / 0:00

On ne connaît pas son vrai nom. On l'appelait la vieille du Nashwaak, ou Marie, ou Marguerite, selon qui racontait. Ce qu'on sait : elle était là avant le fort. Elle était encore là quand le fort brûla. Et le lendemain matin, elle n'était plus nulle part.

Elle pouvait calmer les rivières.

C'est ce qu'on dit en premier, quand on parle de la vieille du Nashwaak. Que lors des crues du printemps, quand les glaces descendaient du haut de la rivière et menaçaient d'emporter les canots, elle s'avançait jusqu'aux genoux dans l'eau froide et prononçait quelque chose — pas à voix haute, pas vraiment une prière — et les glaces ralentissaient. Changeaient de direction. Passaient.

Elle parlait aussi aux animaux. Les bêtes malades qu'on lui amenait repartaient guéries ou ne repartaient pas du tout, mais jamais dans un état intermédiaire. Elle prédisait les mauvaises récoltes. Elle savait quelles maisons brûleraient avant que le feu commence. Les colons acadiens de Sainte-Anne-des-Pays-Bas lui apportaient des œufs, du lard salé, du tabac. Ils ne lui demandaient pas d'explication. Ils lui demandaient ce dont ils avaient besoin.

Les prêtres n'aimaient pas ça. Mais les prêtres avaient d'autres problèmes — la guerre, les Anglais, la fragilité de tout ce qu'ils avaient bâti de ce côté-ci de l'Atlantique.

En 1696, les Anglais brûlèrent Fort Nashwaak.

Ce soir-là, elle se tenait au bord de l'eau et regardait les flammes. Plusieurs témoins le rapportèrent par la suite. Elle ne bougeait pas. Elle ne fuyait pas. Elle regardait brûler le fort comme quelqu'un qui attendait que quelque chose soit terminé.

Au matin, elle n'était plus là.

Ce qui vint après : des lumières dans les marais, la nuit. Des bêtes qui refusaient de traverser la rivière au coucher du soleil. Une impression, persistante, que le coude de la rivière là où les deux eaux se rencontrent — le Nashwaak et le Saint-Jean — n'est pas tout à fait le même que les autres endroits. Que quelque chose y stationne.

On ne sait pas si elle avait maudit la terre ou simplement refusé de la quitter.

---

Partager

Tradition orale / Oral tradition