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La sorcière de Caraquet — illustration

Caraquet, Péninsule acadienne

La Sorcière de Caraquet

La Sorcière de Caraquet — narration

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En 1794, trois vaches moururent sans raison sur la ferme Robichaud en une seule semaine. Le curé dit que c'était une punition divine. Le village dit que c'était Marguerite Dugas. Marguerite Dugas dit qu'elle avait mis une vie entière à apprendre ce que personne d'autre ne savait, et que c'était précisément le problème.

Marguerite Dugas avait soixante et un ans quand le curé Godin la fit comparaître devant la paroisse.

Elle n'était pas étonnée. Elle avait vu la chose venir depuis le printemps, depuis que les Robichaud avaient perdu leurs trois vaches et qu'il avait fallu nommer une cause. Dans les petites paroisses de la péninsule, les causes non expliquées prenaient toujours le visage de quelqu'un.

Elle s'était présentée sans aide. Elle s'assit dans la chaise que le curé avait placée au centre de l'église, devant les bancs remplis de ses voisins, et elle attendit.

Le curé Godin énuméra les griefs. Les vaches des Robichaud. Une mauvaise récolte de pommes de terre chez les Haché. Un enfant de la famille Léger qui était né avec les pieds tournés vers l'intérieur. Et — ceci dit plus bas, mais assez fort pour être entendu — la façon dont les animaux agissaient étrangement dans les jours qui suivaient ses visites.

Marguerite l'écouta jusqu'à la fin.

Puis elle posa une question. Elle demanda combien d'enfants sains étaient nés à Caraquet au cours des vingt dernières années sans qu'elle ait eu les mains à l'accouchement. Le curé ne répondit pas. Elle demanda combien de fièvres avaient passé après qu'elle avait donné ses plantes, combien de plaies s'étaient refermées après qu'elle avait appliqué ses cataplasmes. Le curé dit que cela ne se discutait pas ici. Elle dit que peut-être ça aurait dû.

L'assemblée fut dissoute sans verdict. Ce qui, dans une paroisse de 1794, n'était ni acquittement ni condamnation.

Marguerite Dugas disparut de Caraquet l'hiver suivant. Personne ne sut exactement quand ni où. Sa maison fut retrouvée vide un matin de janvier, le feu encore chaud, la table mise pour une personne, les herbes accrochées au plafond dans le même ordre qu'elles avaient toujours été.

Ce même hiver, l'épouse d'un charpentier du village accoucha d'un enfant qui se présentait par le siège. Il n'y avait personne pour faire ce que Marguerite Dugas aurait su faire.

La femme et l'enfant survécurent, mais juste.

Le curé Godin ne parla plus de l'affaire. Ses successeurs non plus. Dans les registres de la paroisse, le nom de Marguerite Dugas n'apparaît plus après 1794. Pas d'enterrement. Pas de départ enregistré. Juste — l'absence.

À Caraquet, les vieilles femmes connaissent encore son nom. Elles le prononcent différemment selon la saison et selon l'état de leurs jardins.

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Tradition orale / Oral tradition — légende de la péninsule acadienne