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Le loup-garou de Pokemouche — illustration

Pokemouche, Péninsule acadienne

Le Loup-Garou de Pokemouche

Dans la tradition acadienne, l'homme qui manque à ses devoirs religieux pendant sept ans — sept Pâques sans confession, sept absences à la grâce — se transforme en loup-garou chaque soir à minuit. Théodore Cormier de Pokemouche savait tout ça. Il y avait ses raisons.

Le loup-garou acadien n'est pas le loup-garou des films.

Il n'est pas une créature de la nature sauvage, sans conscience, sans passé. Il est précisément l'opposé : c'est un homme avec un passé trop lourd, une dette religieuse accumulée pendant sept ans, une défaillance morale qui a pris une forme animale. Il sait ce qu'il est. Il se souvient de ses nuits. Et le matin, quand il redevient homme, il vit avec ce qu'il a fait ou ce qu'il a failli faire pendant les heures d'obscurité.

C'est ça, l'horreur dans la version acadienne. Pas la bête. La mémoire.

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Théodore Cormier était né à Pokemouche en 1841. Il avait travaillé la terre de son père, puis la sienne — du bon sol de fond de vallée, bon pour le foin et les pommes de terre, à trois kilomètres du village dans une direction et deux kilomètres du bois dans l'autre. Il avait épousé Mathilde Godin à vingt-cinq ans. Ils avaient eu deux enfants, une fille et un garçon, tous les deux morts de la fièvre typhoïde en 1872, la même semaine, à trois ans d'intervalle d'âge.

Théodore alla à la messe de Pâques 1873. Il s'assit dans son banc, écouta le service, et sortit sans s'être confessé.

Le curé le remarqua. Il vint le voir la semaine suivante. Théodore dit que c'était une affaire personnelle. Le curé dit que ça ne l'était pas. Théodore dit poliment mais fermement que la conversation était terminée.

Il ne se confessa pas davantage les années suivantes.

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Narcisse Savoie, son voisin depuis l'enfance, le vit changer.

Pas physiquement — pas encore. Mais il y avait quelque chose dans la façon dont Théodore travaillait sa terre les années qui suivirent 1872 : une précision excessive, une régularité qui ressemblait à une punition. Il labourait jusqu'à ce que ses bras ne soient plus bons à rien. Il coupait son bois à la même heure chaque jour, quelle que soit la météo. Il ne buvait pas. Il ne riait plus vraiment.

Mathilde, sa femme, était restée. Elle ne parlait pas de ce qui se passait dans la maison. Les voisins n'avaient pas besoin qu'elle en parle.

La septième année — 1879, Pâques tombant tôt ce printemps-là, la neige encore haute aux lisières des bois — quelque chose changea dans le bois autour de la ferme Cormier.

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Les premiers signes étaient discrets. Des traces dans la neige le long de la clôture de Narcisse, trop grandes pour un chien domestique et trop régulières pour un loup ordinaire. Une poule manquante chez les Léger, les plumes trouvées au pied d'un arbre en plein bois. Le fils Savoie — dix-sept ans, qui dormait avec la fenêtre entrouverte même en hiver — qui se réveilla trois nuits de suite à cause d'un bruit qu'il décrivit comme une respiration lourde sous sa fenêtre.

Puis sa sœur vit la bête.

Elle se leva pour boire de l'eau, vers une heure du matin, et regarda par la fenêtre de la cuisine par habitude. Dans la clarté de la lune sur la neige, elle vit quelque chose traverser la cour à la lisière du champ de Théodore Cormier. Une bête grande, sombre, qui se déplaçait à quatre pattes mais qui se dressa sur deux jambes un instant avant d'atteindre le bois, comme pour passer sous les basses branches, comme si un homme cherchait son chemin dans le noir.

Elle ne dit rien à sa mère ce soir-là. Elle le dit à son père le matin.

Narcisse n'eut pas besoin qu'elle finisse la phrase.

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Il y avait une façon de faire les choses, dans ces cas-là, et tout le monde la connaissait.

Il fallait reconnaître le loup-garou par son nom — lui dire, à lui, face à face, ce qu'on savait. Lui faire une blessure, même petite — une coupure, une égratignure — pour briser la malédiction. Pas par punition. Parce que le sang rappelait à la chose ce qu'elle était : un homme, avec de la chair d'homme et du sang d'homme, pas une bête.

Narcisse alla trouver Théodore le lendemain matin avant le déjeuner.

Théodore était dans sa grange à réparer un attelage. Il leva les yeux quand Narcisse entra. Il ne dit rien.

Narcisse dit : je sais ce que tu es.

Théodore posa son outil. Il ne nia pas. Il ne confirma pas non plus, pas avec des mots. Il tendit sa main.

Narcisse fit une petite entaille sur le dos de la main, entre le pouce et l'index. Théodore saigna. La blessure se referma comme n'importe quelle blessure ordinaire.

Ils restèrent debout dans la grange un moment, sans parler. Puis Théodore dit : merci. Deux mots, dit Narcisse plus tard. Comme quelqu'un qui attendait depuis longtemps qu'on lui permette de redevenir entier.

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Narcisse ne répéta jamais ce que Théodore lui dit ensuite, debout dans la cour de sa ferme dans la lumière du matin.

Il dit seulement, aux rares personnes qui lui posèrent la question au fil des ans, que Théodore avait ses raisons, que ces raisons regardaient Dieu et lui, que c'était réglé, et que personne d'autre n'avait besoin de savoir quoi que ce soit.

Théodore Cormier alla à la messe de Pâques 1880. Il se confessa avant. Le curé ne dit rien de particulier après — la confession est secrète — mais les paroissiens dirent que Théodore avait l'air différent, ce matin-là. Pas allégé. Plus entier, peut-être.

Il mourut en 1911, à soixante-dix ans, de causes ordinaires.

À Pokemouche, on raconte encore cette histoire. On la raconte avec soin — pas pour effrayer, mais parce qu'elle dit quelque chose de vrai sur ce que ça fait de porter une douleur trop longtemps seul, et sur ce que ça prend, parfois, pour la déposer.

Un voisin. Un couteau de poche. Et deux mots : je sais.

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Tradition orale / Oral tradition — légende de la péninsule acadienne

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