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Les marais de Tantramar au crépuscule — l'horizon le plus plat du Nouveau-Brunswick

Marais de Tantramar, Sackville, comté de Westmorland

Les Voix du Marais de Tantramar

Les Voix du Marais de Tantramar — narration

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Les grands marais de Tantramar, entre Sackville et la frontière de la Nouvelle-Écosse, furent les premiers poldérisés par les Acadiens au XVIIe siècle. Les Acadiens furent déportés en 1755. Le marais resta. Et certains disent que les voix aussi.

Le marais de Tantramar est l'un des plus vastes zones humides de la côte atlantique nord-américaine. Trente-cinq mille hectares de prairies salées, de canaux de drainage, de digues de terre — un paysage horizontal où le ciel occupe plus de place que la terre, où l'horizon est si net qu'on voit les orages venir de loin.

C'est aussi un paysage fait de main d'homme.

Les Acadiens commencèrent à construire les aboiteaux — les digues avec leurs clapets de bois qui laissaient sortir l'eau douce tout en bloquant la marée salée — vers 1672. Ils transformèrent le marais en terre agricole : foin, céréales, pacages. C'était un travail immense, un travail de génération, un travail qui s'inscrit encore dans le paysage aujourd'hui sous forme de ces levées de terre qu'on prend parfois pour de vieilles routes.

En 1755, les Acadiens furent déportés.

Les soldats britanniques brûlèrent les maisons et les granges. Le bétail fut dispersé ou abattu. Les gens qui résistèrent furent tués. Les autres furent embarqués sur des navires — certains vers la Louisiane, certains vers les colonies anglaises, certains vers l'Angleterre, certains vers la France. Beaucoup moururent en mer.

Les aboiteaux restèrent. Les digues restèrent. Le marais resta.

Ce que les gens de Sackville rapportent — pas tous, pas souvent, mais assez régulièrement pour que la chose soit connue dans la région — c'est qu'on entend des voix dans le marais, certaines nuits. Des voix venant de l'eau, de l'autre côté des canaux, là où il n'y a personne. Une conversation, parfois. Parfois juste un mot, un appel. Toujours en français — mais un français vieux, dit-on, avec des formes archaïques que les gens d'aujourd'hui reconnaissent sans forcément comprendre.

Comme quelque chose qui appartient à ce lieu et qui n'a pas fini d'y habiter.

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Tradition orale / Oral tradition — Sackville et environs