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Le noyé de Memramcook — illustration

Rivière Memramcook, vallée de Memramcook

Le Noyé de Memramcook

Le Noyé de Memramcook — narration

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Au printemps 1912, Augustin Léger traversa la rivière Memramcook en crue et se noya. Son corps ne fut jamais retrouvé. Depuis lors, quand la rivière monte au printemps et que l'eau est assez claire, les pêcheurs en barque plate disent le voir — marchant au fond, toujours dans la même direction, comme s'il essayait encore d'arriver quelque part.

Le printemps 1912 fut tardif dans la vallée de Memramcook. La neige tint jusqu'à la mi-avril, puis fondit en deux semaines — trop vite, trop d'eau en trop peu de temps. La rivière monta d'un mètre en quatre jours et déborda dans les champs bas.

Augustin Léger avait des terres des deux côtés de la rivière. Du côté nord, sa ferme principale. Du côté sud, son champ à foin, coupé du reste par la crue. Il avait des bêtes qui dépendaient de ce foin.

Il traversa le matin du 24 avril.

Son voisin Siméon Hébert le regarda partir depuis le haut du champ. Il le vit entrer dans l'eau, avancer jusqu'à mi-cuisse, puis jusqu'à la ceinture, puis disparaître dans un coude de la rivière caché par les saules. Siméon attendit. Augustin ne réapparut pas.

On chercha pendant une semaine. La rivière baissa graduellement. On sonda les fonds les plus profonds. On tendit des filets en aval. On ne trouva rien.

La rivière Memramcook garda Augustin Léger.

La première fois que quelqu'un le vit au fond de la rivière, c'était deux ans plus tard, au printemps 1914. Un pêcheur d'anguilles du nom de Donat Cormier, qui connaissait Augustin depuis l'enfance, qui avait participé aux recherches en 1912. Il était en barque plate au-dessus d'une section peu profonde de la rivière, eau claire, fond visible. Il vit une silhouette au fond. Il la reconnut.

Il ne cria pas. Il ne bougea pas. Il dit plus tard qu'il ne savait pas pourquoi il était resté aussi calme — peut-être parce que ce qu'il voyait ne lui semblait pas menaçant. Augustin marchait. Lentement, dans l'eau silencieuse du fond, les pieds sur le sable et les galets, dans la direction du coude où il avait disparu deux ans plus tôt.

Il marchait toujours dans la même direction.

Comme s'il n'était pas encore arrivé.

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Tradition orale / Oral tradition — légende de la vallée de Memramcook