
Chaussée de Shippagan, Péninsule acadienne
La Femme en Blanc de Shippagan
La Femme en Blanc de Shippagan — narration
Depuis l'automne 1923, les pêcheurs qui rentrent tard par la chaussée de Shippagan rapportent avoir vu une femme en blanc dans le brouillard. Elle marche toujours dans le même sens — vers la baie, pas depuis la baie. Jamais vers le village. Toujours vers l'eau.
Étienne Haché sortit le 14 octobre 1923 avec son bateau et ne rentra pas.
Ce n'était pas inhabituel de partir par ce temps-là — un ciel couvert, pas de vent particulier, la mer à peu près ordinaire pour la mi-octobre. D'autres bateaux sortirent ce matin-là et rentrèrent le soir. Le bateau d'Étienne ne rentra pas.
Sa femme Céleste attendit sur la chaussée.
Elle était là quand les autres bateaux passèrent. Elle posa des questions. Personne n'avait vu Étienne après le cap. On envoya deux bateaux chercher au nord le lendemain matin. Ils ne trouvèrent rien. Ni l'homme ni la barque.
Céleste Haché avait trente-huit ans. Elle avait quatre enfants. Elle attendit quand même.
Elle continua de marcher la chaussée le soir, après avoir mis les enfants au lit, regardant vers le nord-est où Étienne était parti. L'hiver vint. Elle marcha quand même, dans son manteau blanc qu'elle avait acheté l'année de son mariage et qu'elle n'avait jamais vendu. Elle mourut en février 1924, d'une pneumonie que le médecin de Caraquet dit être due à l'humidité, aux longues nuits debout, à la baie de Shippagan en janvier.
Ses enfants furent placés chez des oncles.
Depuis, les pêcheurs qui rentrent par la chaussée dans le brouillard la voient parfois. Une femme en blanc, marchant vers la baie, ne se retournant jamais. Elle ne fait pas peur. Elle ne fait rien du tout, en réalité — elle marche seulement, dans la direction qu'elle a toujours marchée.
Elle n'a pas l'air perdue. Elle a l'air d'attendre quelque chose qui n'est pas encore arrivé.
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Tradition orale / Oral tradition — légende de la péninsule acadienne
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