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Le photographe de Sackville — illustration

Marais de Tantramar, Sackville

Le Photographe de Sackville

En 1891, Eustace Weldon photographie les marais de Tantramar depuis une butte au sud de Sackville. Il développe ses plaques, monte ses tirages, et expose son travail dans son studio de la rue Main. Puis il retire un tirage de la collection. Il ne parle jamais de ce qu'il a vu dedans. La plaque existe encore, quelque part.

Il y a quelque chose que les photographies du dix-neuvième siècle font que les photographies modernes ne font plus.

Le temps d'exposition. Une chambre photographique de 1891 nécessitait plusieurs secondes d'exposition pour produire une image nette — parfois plus, selon la lumière. Pendant ce temps, l'obturateur était ouvert et la plaque enregistrait tout ce qui se trouvait dans le champ de vision. Si quelque chose bougeait pendant l'exposition, il apparaissait flou, fantomatique, présent et absent en même temps.

Si quelque chose n'était visible que pendant une fraction de ce temps, il apparaissait peut-être aussi. Très légèrement. Peut-être pas de façon qu'on puisse nommer.

Eustace Weldon savait tout ça. Il travaillait avec des temps d'exposition depuis huit ans. Il savait distinguer un artefact technique d'une réalité photographiée.

C'est pour ça que ce qu'il vit sur la quarante-deuxième plaque le troubla.

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Il avait installé son trépied sur une butte basse au sud de Sackville, à l'endroit où les marais s'étendent vers le détroit de Northumberland sans interruption. C'était en août, en fin d'après-midi. La lumière était bonne — horizontale, dorée, le genre de lumière qui donne du relief aux herbes de marais et transforme l'eau stagnante en miroir.

Il fit plusieurs expositions depuis ce point. La quarante-deuxième était la dernière de la journée, la lumière déclinant rapidement. Il se souvint plus tard — il le nota dans son carnet de travail, qu'on conserve à la bibliothèque de l'Université Mount Allison — qu'il avait eu l'impression, pendant l'exposition, que quelqu'un regardait dans sa direction depuis le centre des marais.

Il avait regardé par-dessus sa chambre. Il n'avait rien vu. Les marais étaient vides, comme ils l'étaient presque toujours.

Il avait continué son travail.

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La plaque fut développée à Sackville, dans le laboratoire derrière son studio. Weldon travaillait seul, comme toujours, à la lumière rouge de sa lampe de laboratoire.

Son carnet de travail s'arrête à cette date.

Ce qui se passa ensuite — ce qu'il vit sur la plaque, ce qu'il en fit dans les premières heures après le développement — est inconnu. Ce qu'on sait, parce que sa femme Eleanor le nota dans ses propres carnets, c'est qu'il ne dormit pas cette nuit-là, qu'il s'enferma dans son laboratoire jusqu'au matin, et qu'il ne parla de la plaque qu'une fois, en réponse à une question directe de sa femme.

Il lui dit que c'était une plaque défectueuse. Qu'il l'avait conservée pour des raisons techniques. Qu'elle n'avait aucun intérêt artistique.

Eleanor écrivit, dans son carnet, qu'elle ne le crut pas.

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Les quarante et une autres plaques furent exposées au studio en septembre 1891. Elles reçurent un accueil favorable dans le journal local, qui parla d'une série remarquable sur le paysage du Tantramar. Des tirages furent vendus à des familles de la région. Certains ornèrent des parloirs pendant des décennies.

La quarante-deuxième plaque resta dans une boîte, sur une étagère haute du laboratoire, pendant trente-trois ans.

Quand Eustace Weldon mourut en janvier 1924, à soixante-sept ans, son fils Thomas fit l'inventaire de l'atelier. Il était seul. Il ouvrit la boîte étiquetée 42 — Tantramar, août 1891 — et examina la plaque sous la lumière de la fenêtre.

Ce qu'il vit, il le décrivit plus tard à un ami nommé Herbert Trites — et c'est Trites qui le rapporta, trente ans après, à un journaliste de Sackville qui ne publia jamais l'entretien mais en conserva les notes. Ces notes sont la dernière trace documentée de ce que contenait la plaque.

Thomas dit qu'il y avait quelque chose dans les marais. Pas un animal. Pas une personne. Quelque chose qu'on ne pouvait pas nommer directement — une forme, une présence, une façon dont la lumière se comportait différemment à cet endroit précis du cliché. Il dit qu'en le regardant assez longtemps, on avait l'impression que c'était la chose qui regardait, pas vous.

Il remit la plaque dans la boîte. Il emporta la boîte chez lui.

Il n'en parla plus jamais.

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Thomas Weldon mourut en 1961. Sa maison fut vendue en 1963. Le contenu du grenier fut en partie dispersé, en partie jeté, en partie donné à des parents éloignés.

Personne ne sait avec certitude ce qu'il advint de la boîte.

Il y a des gens à Sackville qui pensent qu'elle est encore là, quelque part — dans un grenier, dans une cave, dans le fond d'un classeur que personne n'a ouvert depuis soixante ans. La plaque de verre est fragile, mais les plaques de cette époque, si elles ont été correctement stockées, peuvent durer indéfiniment.

Ce qu'elle montre — si elle existe encore — personne ne peut le dire. Deux hommes l'ont vue. Aucun des deux ne l'a décrite complètement.

Les marais de Tantramar n'ont pas changé depuis 1891. Le ciel est le même. La lumière de fin d'après-midi en août est la même.

Si quelque chose était là en 1891, il y a des raisons de penser qu'il y est encore.

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Tradition orale / Oral tradition — légende de Sackville

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