
Colline Magnétique, Moncton
La Colline Magnétique
Depuis au moins 1850, les gens qui s'arrêtent sur la colline près de Moncton remarquent la même chose : laissez votre attelage, votre voiture, votre vélo sans surveillance sur ce tronçon de route, et quelque chose vous les ramène vers le haut. Les scientifiques ont une explication. Les vieux de la région en ont une autre.
La Magnetic Hill de Moncton est connue dans le monde entier. Elle est dans les guides touristiques depuis les années 1930. Des millions de personnes s'y sont arrêtées, ont éteint leur moteur, et ont regardé leur voiture remonter seule.
La plupart repartent satisfaits. Ils ont vu quelque chose d'étrange, ils ont une explication raisonnable, et ils peuvent en parler au bureau le lundi matin.
Les gens qui ont grandi dans les maisons autour de la colline ont une relation différente avec elle.
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L'histoire de la colline commence, dans les archives écrites, en 1850 environ. Un article du Moncton Transcript de 1933 — le premier article de grande circulation sur le phénomène — mentionne que les fermiers de la région connaissaient la colline depuis des générations. Ce n'était pas un secret. C'était juste quelque chose de la région, comme les marées de la Petitcodiac ou les brouillards du détroit.
Ce que les fermiers disaient, dans la tradition orale que l'article ne rapporte qu'en marge, était légèrement différent de l'attraction touristique qui allait suivre. Ils ne disaient pas que la colline avait une propriété magnétique ou physique extraordinaire. Ils disaient qu'elle voulait quelque chose.
Ce qu'elle voulait variait selon qui racontait. Certains disaient qu'elle voulait les animaux — que les bêtes qu'on attachait en bas de la côte se retrouvaient en haut, que les moutons s'y regroupaient spontanément. D'autres disaient que c'était les véhicules — les voitures, les charrettes, les bicyclettes. D'autres encore disaient que c'était les gens, mais seulement certains, et que la colline les reconnaissait d'une façon qu'elle ne reconnaissait pas les autres.
Noëlla Doucet était l'une d'eux.
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Elle avait emménagé dans la maison au sommet de la colline en 1941, après son mariage avec Arthur Doucet, qui avait hérité la propriété de son père. Elle y vécut jusqu'en 1979, quand Arthur mourut et qu'elle alla habiter chez sa fille à Dieppe.
En trente-huit ans, elle ne s'habitua pas à la colline.
Ce n'était pas une femme facilement impressionnable. Elle avait élevé cinq enfants, tenu une ferme pendant la guerre, survécu à la mort d'un fils en Corée. Elle n'était pas portée aux explications surnaturelles. Elle allait à la messe, elle faisait ses comptes, elle n'inventait pas des histoires.
Mais elle disait, à ses enfants puis à ses petits-enfants, qu'il y avait quelque chose d'enterré dans la colline. Pas une personne — ou du moins, pas seulement une personne. Quelque chose qui avait été là avant les fermiers, avant les routes, avant le nom qu'on avait donné à la colline. Quelque chose qui tirait.
Elle avait ses preuves. Elle les énumérait calmement, sans dramatiser. Sa chatte, qui refusait de descendre la côte et restait toujours dans la partie haute de la propriété. Les nuits où elle entendait quelque chose traverser la cour dans la direction du haut de la colline sans jamais traverser dans l'autre direction. Et une fois — une seule fois, en 1962, lors d'une nuit de tempête — ce qu'elle décrivit comme une lumière sous la surface de la route, au centre exact de la pente, visible pendant trois ou quatre secondes avant de disparaître.
Elle ne sut jamais ce que c'était.
Elle dit seulement que la colline n'était pas magnétique. Qu'elle était attentive.
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Les physiciens qui ont étudié la Magnetic Hill confirment l'illusion optique. Les mesures sont précises. L'angle de la pente, la ligne des arbres environnants, l'horizon artificiel créé par le terrain — tout ça crée une perception visuelle cohérente et reproductible qui inverse la direction apparente de la pente.
Ce n'est pas mystérieux. C'est de la physique.
Mais la physique ne travaille que sur ce qu'on lui soumet. Elle mesure la pente. Elle ne mesure pas ce que Noëlla Doucet entendait traverser sa cour vers le haut de la colline. Elle ne mesure pas la lumière sous l'asphalte en 1962. Elle ne mesure pas la différence entre quelque chose qui attire et quelque chose qui rappelle.
Noëlla Doucet mourit en 1994, à quatre-vingt-deux ans. Elle n'avait pas remis les pieds dans la maison depuis 1979.
Ce qu'elle avait laissé derrière elle — ou ce qu'elle avait choisi de ne pas ramener avec elle — elle ne le précisa jamais.
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