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Le train fantôme de Moncton — illustration

Ancienne voie ferrée CN, Moncton

Le Train Fantôme de Moncton

Le Train Fantôme de Moncton — narration

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La ligne principale du CN à travers Moncton fut abandonnée par étapes entre 1988 et 2001. Les rails furent arrachés, les passages à niveau fermés, les signaux débranchés. Pourtant certains soirs, les gens qui vivent près de l'ancienne voie disent que les feux de signalisation se remettent à fonctionner. Et que quelque chose passe.

Germain Bourque travaillait comme aiguilleur pour le Canadien National depuis vingt-deux ans quand il mourut en novembre 1947.

Ce n'était pas un accident spectaculaire. Ce genre de mort n'est jamais spectaculaire — un pas mal calculé dans l'obscurité, un aiguillage qui se referme trop vite, et c'est fini. Germain connaissait la cour de triage de Moncton mieux que sa propre cuisine. Ce soir-là, quelque chose n'alla pas comme prévu.

On l'enterra au cimetière Notre-Dame. Ses collègues portèrent son cercueil. Le CN envoya une lettre de condoléances.

Trois semaines après l'enterrement, l'aiguilleur de nuit qui lui avait succédé remarqua quelque chose d'étrange. Le feu de signal au poste 7 — le poste de Germain, celui qu'il vérifiait en dernier chaque soir avant de rentrer — se remettait à fonctionner seul après minuit. Vert, jaune, rouge. La séquence habituelle, comme si un train approchait. Aucun train n'approchait.

L'électricien vérifia le câblage deux fois. Rien d'anormal.

Le feu continua.

Des décennies passèrent. La ligne fut réduite, puis abandonnée. Les rails disparurent. Les postes de signalisation furent débranchés, leurs câbles coupés à la source. Les passages à niveau furent asphaltés. La ville poussa par-dessus la voie comme si elle n'avait jamais existé.

Mais les gens qui vivent dans les maisons le long de l'ancien tracé — ceux qui ont les fenêtres qui donnaient autrefois sur les rails — disent que certains soirs d'automne, quelque chose traverse encore. Pas un bruit de train. Quelque chose de plus subtil : une vibration dans les fondations, une pression d'air contre les vitres, la façon dont les chiens se lèvent et regardent vers le mur ouest sans raison.

Et parfois, au coin de ce qui était autrefois le passage à niveau de la rue Highfield, un feu rouge brille quelques secondes dans l'obscurité.

Germain Bourque travaillait la nuit. Il vérifiait son poste en dernier chaque soir. Certaines habitudes, apparemment, ne se défont pas.

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Tradition orale / Oral tradition — légende de Moncton