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La Miramichi la nuit, brouillard montant sur l'eau

Rivière Miramichi, secteur Nelson-Chatham

La Lumière de la Miramichi

La Lumière de la Miramichi — narration

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Elle remonte la rivière à contre-courant, blanche et bleue, par les nuits de brouillard. Elle s'approche des voix qui l'appellent. Elle recule devant les lanternes. Gervais Cormier passa trois hivers à la documenter. Ses cahiers sont à la bibliothèque de Miramichi. La lumière, elle, est toujours là.

Elle ne descend jamais vers la mer.

C'est le premier détail que les pêcheurs notent, quand on leur demande de décrire la lumière. Toutes les choses qui dérivent sur la Miramichi vont vers la mer — les billots au printemps, les épaves, les corps des noyés, les branches arrachées par la crue. La rivière coule dans un sens. La lumière, elle, remonte.

Elle est blanc-bleu. Environ la taille d'une lanterne, mais sans forme définie — pas de bord net, pas de flamme, juste une lueur qui palpite légèrement et qui se déplace avec une régularité qui n'est pas celle du vent ou du courant. Elle voyage lentement, à hauteur de l'eau, et elle s'arrête parfois — pas à la dérive, vraiment arrêtée — pendant plusieurs minutes avant de reprendre sa remontée.

Les gens qui l'ont vue ne s'accordent pas sur ce qui la dérange. Certains disent qu'une lanterne la fait fuir. D'autres disent qu'elle s'approche de la lumière artificielle avec une curiosité prudente. Ce sur quoi tout le monde s'entend : elle répond aux voix.

Appelez-la. Elle s'approchera.

Ne l'appelez pas si vous n'êtes pas prêt à ce qu'elle réponde.

Les Mi'kmaq de la région ont leur version. Un homme traversait la rivière en canot lors du dégel du printemps, quelque part dans un passé dont la date exacte s'est perdue. Les glaces étaient en mouvement. Il n'aurait pas dû partir. Il n'atteignit jamais l'autre rive. Depuis lors, son esprit cherche le passage — il remonte la rivière en cherchant l'endroit où il aurait pu traverser en sécurité, qu'il n'a jamais trouvé de son vivant.

Les Acadiens qui s'installèrent dans la vallée de la Miramichi au XVIIIe siècle apportèrent leur propre explication. Un trappeur fut assassiné — quand, par qui, les récits divergent — et son corps fut jeté dans la rivière. L'eau ne l'emporta pas aussi loin qu'on l'espérait. La lumière marque l'endroit où il git, sous le lit de la rivière, en attente de ce que personne n'a jamais su lui donner.

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Tradition orale Mi'kmaq et acadienne / Mi'kmaq and Acadian oral tradition