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La Miramichi la nuit, brouillard montant sur l'eau

Rivière Miramichi, secteur Nelson-Chatham

La Lumière de la Miramichi

Elle remonte la rivière à contre-courant, blanche et bleue, par les nuits de brouillard. Elle s'approche des voix qui l'appellent. Elle recule devant les lanternes. Gervais Cormier passa trois hivers à la documenter. Ses cahiers sont à la bibliothèque de Miramichi. La lumière, elle, est toujours là.

La rivière Miramichi est une des grandes rivières de saumon de l'Atlantique nord.

Les Mi'kmaq la pêchent depuis des millénaires. Les Acadiens arrivèrent au XVIIIe siècle, puis les Irlandais au XIXe — en particulier après la famine de 1845, qui amena des milliers d'immigrants à Chatham et Newcastle. Les Écossais s'établirent dans la vallée. Des loyalistes remontèrent depuis Saint John. La Miramichi est une rivière de rencontres, de mélanges, de gens qui arrivaient de partout et s'installaient dans les anses et les méandres.

Ce brassage culturel est pertinent parce que la lumière — la lumière de la Miramichi, comme on dit dans la région depuis au moins cent cinquante ans — est l'une des rares choses sur lesquelles toutes ces traditions s'entendent.

Les Mi'kmaq la voient. Les Acadiens la voient. Les descendants des Irlandais la voient. Et malgré des siècles de différences religieuses, linguistiques, culturelles, ils la décrivent de la même façon.

C'est un phénomène singulier.

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La documentation la plus systématique de la lumière fut entreprise dans les années 1960 et 1970 par un homme nommé Gervais Cormier.

Cormier était enseignant à l'école primaire de Nelson-Chatham, natif de la région, fils et petit-fils de pêcheurs. Il n'était pas, selon ceux qui le connaissaient, une personne portée au mysticisme. Il jouait aux cartes. Il buvait de la bière au Wharf. Il avait une façon directe de parler qui laissait peu de place à l'ornement.

Il avait aussi vu la lumière une première fois en 1961, à l'âge de vingt-trois ans, depuis un bateau de pêche à la nuit tombée, et il ne s'en était jamais remis dans un sens pratique — pas dans le sens d'être traumatisé, mais dans le sens qu'il avait décidé que quelque chose d'aussi précis et constant méritait d'être étudié.

Il commença par des entrevues. En trois hivers, entre 1968 et 1971, il rencontra quatre-vingt-deux personnes qui disaient avoir vu la lumière. Il consignait le nom de la personne, la date et l'heure approximatives de l'observation, le lieu sur la rivière, les conditions météorologiques, et une description aussi précise que le témoin pouvait fournir. Il cartographia les observations.

Ce qui en ressortit :

La lumière apparaît surtout entre octobre et mars, par nuits nuageuses ou brumeuses, rarement par temps clair. Elle est observée dans une portion de la rivière d'environ douze kilomètres, centrée approximativement entre Nelson et Chatham. Elle se déplace toujours vers l'amont, jamais vers l'aval. Elle se déplace à une vitesse d'environ trois à cinq kilomètres à l'heure — trop régulière pour être attribuée au courant ou au vent.

Et elle répond aux voix.

Cormier lui-même le vérifia. Par deux fois, en présence de témoins, il appela vers la rivière depuis la berge — pas un cri, juste une voix normale — et la lumière, qui était visible à environ cent mètres, changea de direction et s'approcha. Elle s'arrêta à une trentaine de mètres et y resta plusieurs minutes avant de reprendre sa progression.

Lors de la deuxième expérience, un des témoins — un professeur de sciences de Fredericton nommé Robert MacAulay, qui accompagnait Cormier avec un certain scepticisme — tenta d'approcher la lumière avec une lampe de poche. Elle s'en alla immédiatement.

MacAulay inclut cet épisode dans une lettre à l'Université du Nouveau-Brunswick, où il enseigna ensuite. La lettre est dans les archives de l'université. MacAulay écrivit que le comportement de la lumière ne concordait pas avec les explications naturelles connues pour ce type de phénomène et qu'il lui semblait que des recherches plus poussées s'imposaient. À sa connaissance, ces recherches ne furent jamais entreprises.

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Les cahiers de Cormier — dix-sept cahiers à couverture noire, remplis à la main — sont déposés à la bibliothèque régionale de Miramichi. On peut les consulter. L'écriture de Cormier est petite et régulière, et les cartes qu'il dessinait à chaque observation sont d'une précision étonnante pour quelqu'un qui n'était pas cartographe.

Il nota, dans son dernier cahier, une chose qui a été citée depuis dans plusieurs contextes :

Je n'ai pas conclu ce que c'est. Je ne suis pas en position de conclure. Ce que je peux dire avec certitude, après dix ans et quatre-vingt-deux témoignages : ce phénomène est réel, il est cohérent, et il ne se comporte pas comme une chose morte. Il se comporte comme quelque chose qui cherche.

Cormier prit sa retraite en 1989 et déménagea à Moncton pour se rapprocher de ses enfants. Il mourut en 2003. Il n'avait pas résolu la question.

La lumière continue.

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Il y a des nuits de novembre — quand le brouillard monte de la rivière et que le ciel ne laisse passer aucune lumière — où des gens qui vivent encore sur la rive descendent jusqu'à l'eau avec une lampe qu'ils éteignent avant d'arriver.

Ils s'assoient sur la berge et ils attendent.

Ceux qui ont fait ça plusieurs fois disent qu'il ne faut pas appeler trop fort. Pas parce que la lumière ne répondrait pas. Mais parce qu'elle répond vraiment, et qu'elle s'approche vraiment, et qu'à une trentaine de mètres dans le brouillard, dans le silence de novembre, quelque chose de blanc-bleu qui se tient immobile sur l'eau et vous regarde — si c'est bien ce qu'elle fait, regarder — n'est pas tout à fait la même chose que de l'avoir entendu raconter.

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Tradition orale Mi'kmaq et acadienne / Mi'kmaq and Acadian oral tradition

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