
Rivière Dungarvon, vallée de Renous
Le Cri du Dungarvon
Le Cri du Dungarvon — narration
Dans les camps de bûcherons de la rivière Dungarvon, dans les années 1850, un jeune cuisinier fut assassiné pour sa ceinture d'argent. On l'enterra vite, sans prêtre. Et quand les hommes retournèrent au travail, la forêt se mit à crier.
Il s'appelait Ryan Vickers. Ou peut-être quelque chose d'autre — les versions diffèrent sur ce point, comme sur presque tout. Ce qui ne change pas, c'est qu'il était jeune, qu'il était cuisinier dans un camp de bûcherons sur la Dungarvon, et qu'il portait une ceinture garnie d'argent.
On ne connut jamais le nom du meurtrier. Ou on l'oublia. Les camps de bûcherons du Nouveau-Brunswick dans les années 1850 n'étaient pas des endroits où l'on posait trop de questions. Les hommes venaient de partout, restaient un hiver, repartaient. Un mort de plus ne faisait pas forcément du bruit.
Sauf que celui-là en fit.
On enterra Ryan Vickers vite, dans le sol gelé, sans cérémonie et sans prêtre. Le chef de camp dit quelques mots. Les hommes retournèrent abattre des arbres.
La nuit suivante, la forêt se mit à crier.
Un cri long, haut, impossible. Pas un animal — les hommes connaissaient les sons de la forêt. Pas le vent — il n'y en avait pas. Quelque chose entre l'appel humain et la chose qu'on ne peut pas nommer. Les bûcherons appelèrent ça le Whooper. Le hurleur. Celui qui hurle.
Il hurla pendant des années.
Des camps fermèrent. Des équipes refusèrent de travailler dans cette section de la Dungarvon. Des hommes qui n'avaient peur de rien — qui abattaient des arbres de vingt mètres dans le noir et dormaient dans des granges chauffées par la seule chaleur des corps — refusèrent de s'approcher de la rivière après le coucher du soleil.
On finit par envoyer chercher un prêtre.
Le père Edward Murdoch vint en raquettes depuis Renous, en plein hiver, traversa la forêt seule, et dit une messe sur la tombe du cuisinier. Ce que les témoins rapportèrent ensuite, c'est que le cri s'arrêta net au moment de l'élévation. Pas progressivement. Pas en s'estompant. En une seule seconde de silence absolu.
Puis plus rien.
Enfin, presque. Quelques-uns disent qu'on entend encore quelque chose, certaines nuits de janvier, là où la Dungarvon fait un coude avant Renous. Une sorte d'écho de quelque chose qui a eu lieu. Pas un cri — plutôt la mémoire d'un cri. La différence est mince, dans l'obscurité, quand on est seul dans les bois.
---
Partager
Tradition orale / Oral tradition — poème de Robert Hinchey, 1866
Légendes proches

Route 8, Doaktown, comté de Northumberland
Le Chien Noir de Doaktown
Sur la route 8 entre Doaktown et Blackville, des familles du Miramichi se transmettent depuis des générations le même avertissement : si un chien noir immense traverse la route devant vous, ne continuez pas. Pas ce soir-là.

Baie des Chaleurs, au large de Grand Anse
Le Vaisseau de Feu
Certaines nuits d'août, quand l'air s'alourdit sur la baie et que l'eau réfléchit plus de lumière que le ciel n'en offre, les pêcheurs de la côte disent qu'il ne faut pas regarder trop longtemps vers l'île Heron. Non pas parce qu'on ne verrait rien. Mais parce qu'on pourrait voir.

Pokemouche, Péninsule acadienne
Le Loup-Garou de Pokemouche
Dans la tradition acadienne, l'homme qui manque à ses devoirs religieux pendant sept ans — sept Pâques sans confession, sept absences à la grâce — se transforme en loup-garou chaque soir à minuit. Théodore Cormier de Pokemouche savait tout ça. Il y avait ses raisons.