
Rivière Dungarvon, vallée de Renous
Le Cri du Dungarvon
Dans les camps de bûcherons de la rivière Dungarvon, dans les années 1850, un jeune cuisinier fut assassiné pour sa ceinture d'argent. On l'enterra vite, sans prêtre. Et quand les hommes retournèrent au travail, la forêt se mit à crier.
La rivière Dungarvon prend sa source dans les hautes terres du comté de Northumberland et descend vers le Miramichi à travers une forêt qui, dans les années 1850, était l'une des plus denses et des plus lucratives de l'Amérique du Nord. Les pins blancs étaient immenses. Les épinettes montaient droit comme des colonnes. C'est pour ça que les hommes venaient — des Irlandais fuyant la famine, des Acadiens qui n'avaient nulle part ailleurs où aller, des errants sans attaches cherchant un salaire d'hiver.
Les camps de bûcherons n'étaient pas des endroits doux. On dormait à dix dans une pièce, on mangeait du pain et des fèves au lard, on travaillait du lever au coucher du soleil dans un froid qui pouvait descendre à moins quarante. Les conflits se réglaient à la main. Les morts étaient enterrés sans qu'on prévienne forcément leurs familles.
Ryan Vickers arrivait de quelque part à l'est. C'était un jeune homme, dit-on, pas encore vingt-cinq ans. Il était cuisinier — un travail moins dangereux que l'abattage, mais pas moins exigeant. Il faisait la cuisine pour trente hommes avant l'aube et après le coucher du soleil. Et il portait une ceinture d'argent.
Ce fut son tort.
Un soir — on dit que c'était en novembre, en tout début d'hiver — il ne se releva pas pour le repas du lendemain. Le chef de camp alla voir. Ryan Vickers était mort dans son espace de couchage. La ceinture avait disparu.
On n'interrogea personne, du moins pas sérieusement. On creusa dans le sol encore à peine gelé, on l'enfouit, on dit quelque chose. Pas une prière — pas de prêtre. Quelque chose.
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Cette nuit-là, le bruit commença.
Les hommes qui l'entendirent en premier pensèrent à un animal. Un loup, peut-être, ou un coyote. Mais ça ne ressemblait pas exactement à ça. Trop aigu. Trop soutenu. Trop intentionnel, si un son peut être intentionnel.
Le lendemain, ils en parlèrent. Tous l'avaient entendu. Personne ne voulait en parler longtemps.
Le troisième soir, plusieurs hommes quittèrent le camp.
Le cri continuait. Chaque nuit, sans manquer. Parfois plus fort, parfois plus lointain, toujours depuis la direction de la rivière, là où la terre remuée indiquait l'endroit où on avait mis le cuisinier. Des hommes costaques, endurcis par des hivers de forêt, refusèrent de sortir seuls une fois le soleil couché. Un chef de camp écrivit à son employeur pour dire qu'il ne pouvait pas tenir ses équipes ensemble.
La nouvelle se répandit. Dans le Miramichi, on sut. Les gens de Renous surent. À Newcastle — qui est aujourd'hui Miramichi-ville — on en parlait dans les magasins.
Robert Hinchey, un poète local, en fit un long poème en 1866. Le poème circula dans les journaux du comté pendant des années. On le récitait dans les cuisines le soir d'hiver.
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Le père Edward Murdoch était le curé de Renous. Il avait entendu parler du camp, du mort non béni, du cri. Les catholiques irlandais et acadiens de la région étaient convaincus qu'une âme sans sépulture chrétienne ne pouvait pas trouver le repos. L'Église avait une procédure pour ces cas-là.
Il vint en raquettes. Il traversa seul la forêt entre Renous et le camp, ce qui représentait plusieurs heures de marche en terrain difficile, en plein hiver. Il trouva la tombe. Il dit la messe.
Les témoins — il y en avait plusieurs, des hommes du camp qui n'étaient pas repartis — rapportèrent tous la même chose. À un moment précis pendant la messe, au moment de l'élévation, le cri s'arrêta. Pas progressivement. Pas en s'éteignant. En un instant.
Silence.
Puis le silence de la forêt, qui est différent du silence ordinaire — plein de choses qui bougent sans bruit, de branches qui craquent pour aucune raison, de la rivière qu'on entend sans la voir.
Le prêtre repartit par où il était venu.
Le camp fonctionna encore quelques hivers. Puis la forêt fut coupée, les hommes partirent vers d'autres chantiers, et il ne resta que la rivière et les arbres qui avaient repoussé.
Les habitants de la région disent que parfois, en janvier, quand la rivière est prise sous la glace et que le vent vient du nord-ouest, on entend quelque chose. Pas le cri. Plus exactement le cri. Quelque chose qui y ressemble, vu de loin, comme une montagne ressemble à une montagne même depuis une distance où on ne peut plus en voir les détails.
Certains l'ont enregistré, au fil des ans. Les enregistrements n'ont rien capté.
Ça ne veut pas dire qu'il n'y avait rien.
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Tradition orale / Oral tradition — poème de Robert Hinchey, 1866
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