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Les empreintes du diable — illustration

Tracadie, Péninsule acadienne

Les Empreintes du Diable

Le matin du 3 janvier 1880, les habitants de Tracadie se réveillèrent sous vingt centimètres de neige fraîche — et sous des empreintes de sabot qui traversaient le village sans s'arrêter nulle part. Elles passaient sur les toits. Elles traversaient la rivière gelée. Elles ne contournaient rien.

Le 2 janvier 1880 au soir, la neige commença à tomber.

Ce n'était pas inhabituel. L'hiver sur la péninsule acadienne est long et régulier, et les gens de Tracadie avaient l'expérience des tempêtes. Ils rentrèrent leurs bêtes tôt, fermèrent les volets, et laissèrent la nuit faire ce qu'elle avait à faire.

Quand ils sortirent le lendemain matin, il y avait vingt centimètres de neige fraîche sur tout — et quelque chose d'autre.

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La première personne à voir les empreintes était un jeune garçon, Donat Robichaud, qui sortait alimenter les poules avant l'aube. Il vit d'abord une empreinte dans la neige près de la porte de la grange, isolée, sans suite dans aucune direction qu'il pouvait voir. Puis il leva les yeux et vit la piste qui descendait le côté du toit.

Il appela son père.

Son père appela le voisin.

En une heure, une douzaine d'hommes de Tracadie suivaient la piste à travers le village.

Ce qu'ils trouvèrent résistait à toute explication ordinaire. L'empreinte était ronde — pas ovale comme un sabot fendu, pas en forme d'étoile comme une griffe, mais parfaitement ronde, de la taille d'un grand fer à cheval. Profonde d'environ quatre centimètres dans la neige, avec des bords nets, comme si quelque chose de très lourd avait été posé et retiré d'un coup. Et une seule empreinte, toujours la même, toujours posée à intervalle régulier — environ soixante centimètres d'un pas à l'autre — comme si la créature avançait sur une seule jambe, ou sautait à pieds joints depuis quelque chose d'invisible.

La piste venait du nord-est, du côté de la baie. Elle traversait le village en diagonale, sans dévier pour rien.

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Ce qui troublait le plus, c'était le trajet.

La grange Robichaud était la première chose que la piste traversait — pas contournait, traversait. Les empreintes montaient sur le côté du toit à angle droit, traversaient le faîte, et redescendaient de l'autre côté sans changer de cadence. Comme si le toit n'était qu'une légère bosse dans un terrain plat.

La rivière Tracadie, gelée en surface mais avec des failles visibles là où le courant restait fort en dessous — la piste la traversait en ligne droite, au-dessus des sections les plus minces, sans qu'une seule empreinte s'enfonce dans la glace ou la craque. Un homme de quatre-vingt-dix livres n'aurait pas pu traverser à cet endroit-là. Ce qui avait laissé ces empreintes, que ce soit sa taille ou son poids, n'avait laissé aucune marque sur la glace au-delà de la surface normale.

L'enclos de la famille Cormier posait le plus grand problème. Les planches de la clôture étaient intactes — pas défoncées, pas abaissées, pas décalées. La piste entrait d'un côté et ressortait de l'autre. Entre les deux : les planches, inchangées.

Un des hommes du groupe enfonça une main entre les planches. Il n'y avait pas de jeu — elles étaient jointives. On déplaça deux planches pour examiner la neige à l'intérieur de l'enclos et on trouva l'empreinte centrale, posée aussi proprement que les autres.

Quelqu'un suggéra un farceur. Personne ne rit.

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Le curé Melanson était un homme de cinquante ans, originaire de Caraquet, qui avait vécu assez longtemps sur la péninsule pour ne pas rejeter facilement ce qu'il ne comprenait pas. Il écouta les rapports de la matinée, prit son manteau, et sortit avec deux paroissiens de confiance pour suivre la piste lui-même.

Ils la suivirent pendant trois heures.

La piste quittait le village par le nord-est et continuait à travers champs, à travers des boisés d'épinettes, à travers un autre enclos dont les planches étaient également intactes, à travers un petit ruisseau gelé — et toujours la même empreinte, le même intervalle, la même profondeur exacte dans la neige fraîche.

Ils arrivèrent à la lisière des bois du côté de la baie de Tracadie. Un rideau d'épinettes noires, serré, avec de la neige jusqu'aux genoux entre les troncs. La piste s'arrêtait ici.

Pas dans un arbre. Pas dans un terrier. Pas au bord d'un cours d'eau.

En plein espace dégagé, devant la lisière des bois, au milieu de la neige blanche, sans trace de départ ni d'arrivée dans aucune direction autre que celle d'où elle venait.

L'empreinte finale était posée comme les autres — nette, ronde, précise. Et puis plus rien.

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Le curé Melanson resta debout devant cette dernière empreinte un long moment. Ses deux compagnons l'observaient. Personne ne parla.

Ce qu'il vit — ou ce qu'il crut voir — à la lisière des bois, personne ne le sait avec certitude. Il ne le raconta jamais, à personne. Pas à ses paroissiens, pas dans ses lettres, pas à l'évêque. Dans les années qui suivirent, si quelqu'un lui demandait ce qu'il avait vu ce matin-là, il changeait de sujet avec une habileté qui indiquait qu'il s'était préparé à la question.

Il rentra à Tracadie sans un mot.

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Il existe un fait qui n'est pas souvent mentionné dans les récits locaux, peut-être parce qu'il complique les choses au lieu de les expliquer.

En février 1855, vingt-cinq ans plus tôt, le comté de Devon en Angleterre s'était réveillé sur une piste identique. Une empreinte ronde, régulière, traversant des toits, des murs, une rivière gelée — sur une distance de cent soixante kilomètres, du Exe jusqu'à la côte. Les journaux londoniens avaient couvert l'événement pendant des semaines. Des naturalistes, des militaires et des ecclésiastiques avaient proposé des explications. Aucune n'avait tenu.

Les gens de Devon avaient appelé ça les Devil's Footprints. Le diable, ou quelque chose d'équivalent, avait traversé leur pays en une nuit de février.

Les gens de Tracadie, en 1880, n'auraient pas su ça. Ils n'avaient aucune raison de connaître un fait divers anglais de vingt-cinq ans. La ressemblance est peut-être une coïncidence. Peut-être que la même chose se déplace, de temps en temps, entre Devon et la péninsule acadienne, laissant des traces dans la neige fraîche que les curés suivent jusqu'à la lisière des bois et refusent ensuite de décrire.

Peut-être.

À Tracadie, l'histoire est racontée aux enfants. Pas comme un conte. Comme quelque chose qui s'est passé.

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Tradition orale / Oral tradition — légende de la péninsule acadienne

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