
Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, Fredericton
La Dame Blanche du Parlement
Les employés de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick savent qu'on ne parle pas d'elle officiellement. Mais la nuit, quand les couloirs sont vides et que les lumières du bureau sont les seules allumées, certains regardent vers les fenêtres du haut. Juste pour vérifier.
Il y a dans les vieux bâtiments gouvernementaux quelque chose que les architectes ne prévoient pas. Une accumulation. Des décisions prises dans la hâte, des serments formulés et brisés, des compromis qui ont changé des vies — tout ça laisse quelque chose dans la pierre. Pas vraiment une conscience. Plutôt un poids.
L'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick est l'un des plus vieux parlements provinciaux encore en fonction au Canada. Depuis 1882, on y vote des lois. On y a voté pendant la Première Guerre mondiale. Pendant la Dépression. Pendant les crises de pêche et de forêt qui ont façonné la province. Des discours qui ont changé des comtés entiers, prononcés sous le portrait de Victoria.
Qui était là, avant?
La ville de Fredericton existait avant le bâtiment. Elle s'appelait autrefois St. Anne's Point, et avant ça, c'était un campement mi'kmaq sur le fleuve. Les Loyalistes arrivèrent après la Révolution américaine et rebaptisèrent tout. L'Assemblée fut construite là où il y avait déjà eu des structures — des casernes militaires, un hôpital de campagne pendant la guerre de 1812, des bâtiments qui brûlèrent et furent reconstruits.
L'histoire du site est longue. Les murs sont épais.
---
La première mention écrite de la Dame Blanche dans les archives officieuses de l'Assemblée — dans les carnets personnels d'un chef de sécurité, retrouvés longtemps après sa retraite par sa famille — date de 1963. Il la décrit brièvement : une silhouette féminine, troisième étage, fenêtre est, visible depuis la cour arrière. Il note qu'il est monté vérifier et n'a trouvé personne. Il note aussi, dans la même phrase, que la porte de la salle d'archives était verrouillée de l'intérieur.
Il n'y a pas de mécanisme de verrouillage de l'intérieur sur cette porte.
Les décennies suivantes produisirent d'autres mentions, dans d'autres carnets personnels, dans des lettres à des collègues, dans des conversations recueillies par des journalistes locaux qui se heurtèrent systématiquement à un mur officiel. Même silhouette, même fenêtre, même immobilité.
Une journaliste du Gleaner passa une nuit entière dans la cour arrière du bâtiment à l'automne 2001 avec un appareil photo. Elle publia un article sur les légendes urbaines de Fredericton, sans photo. Elle expliqua dans l'article qu'elle n'avait rien vu. Elle n'expliqua pas pourquoi elle avait des photos inexploitables d'une fenêtre éclairée dans un bâtiment dont toutes les lumières étaient éteintes.
---
On a cherché des explications dans les archives de la ville.
Une femme mourut dans le bâtiment en 1894, lors d'une réception officielle — une attaque cardiaque. Ce n'était pas une employée; c'était l'épouse d'un député. On l'avait transportée dans une pièce à l'écart pour qu'elle soit au calme. La pièce n'est pas clairement identifiée dans les documents de l'époque.
Une autre femme, secrétaire particulière d'un ministre dans les années 1930, disparut dans des circonstances non élucidées. Elle venait au travail, puis un jour ne vint plus. Son dossier d'emploi s'arrête sans explication. Les journaux de l'époque ne mentionnent rien.
Ces deux cas sont bien maigres comme fondement d'une légende. Et pourtant, c'est peut-être le point. La Dame Blanche du Parlement n'a pas d'histoire claire parce que les femmes dans les institutions politiques du Nouveau-Brunswick du XIXe et XXe siècle n'avaient souvent pas d'histoire claire. Elles étaient là, essentielles. Mais leurs noms, eux, ne sont pas dans les archives.
Peut-être que ce qu'on voit à la fenêtre, c'est ça.
---
Ce qu'on sait avec certitude : le bâtiment est actif, l'administration est sérieuse, et personne en poste ne parle officiellement de fantôme. Le Nouveau-Brunswick a un parlement, pas un décor de film d'horreur.
Mais les gens qui y travaillent ont leurs propres règles. Non écrites. Acquises après assez de nuits seuls dans ces couloirs de pierre.
La Dame Blanche regarde le fleuve.
Le fleuve continue de couler.
Ça dure depuis 1882, au moins.
---
Partager
Tradition orale / Oral tradition — personnels de l'Assemblée législative
Légendes proches

Marais de Tantramar, Sackville
Le Photographe de Sackville
En 1891, Eustace Weldon photographie les marais de Tantramar depuis une butte au sud de Sackville. Il développe ses plaques, monte ses tirages, et expose son travail dans son studio de la rue Main. Puis il retire un tirage de la collection. Il ne parle jamais de ce qu'il a vu dedans. La plaque existe encore, quelque part.

Village Historique Acadien, Bertrand
Le Forgeron Sorcier
Dans tout village acadien, on savait à qui s'adresser quand le médecin ne pouvait rien et que le curé avait déjà tout essayé. L'homme à la forge travaillait le métal et le mal. Il ne refusait jamais. Il envoyait toujours une facture.

Loyalist Burial Ground, Saint John
Le Cimetière des Loyalistes
Le Loyalist Burial Ground de Saint John date de 1784 — l'un des plus anciens cimetières au Canada. Les pierres tombales des premiers loyalistes y sont encore debout. Et certaines nuits, selon ceux qui habitent les maisons qui donnent sur le cimetière, un officier en uniforme rouge fait sa ronde le long du mur, s'arrête au portail, et regarde en direction du port.
Commentaires
Laisser un commentaire